SPERANZA prolonge l’attention portée par Thomas Tudoux à la figure littéraire de Robinson Crusoé. Tel un Robinson des villes, l’artiste a pioché dans l’équipement de l’appartement pour élaborer un meuble-sculpture. Dans le salon, un basique fauteuil vert pomme duquel émerge un yucca, vogue sur un grand tapis bleu mer. Entre architecture et nature, la structure fait sens dans la superposition et l’accumulation de motifs. Cette réappropriation de l’esthétique du collage envisagée en volume permet de créer un objet polysémique. L’installation s’apparente alors à une projection stéréotypée des clichés associés au repos : un siège confortable, l’océan et un arbre semblable à un palmier sur une île déserte. Cette forme hétérogène, évocatrice plus que figurative, est conçue pour engendrer un désir d’évasion. L’allégorie de paradis exotique de papier glacé est cependant mise à mal par la nature et la composition mêmes de l’oeuvre. L’arbre enraciné à même l’assise du fauteuil empêche toute tentative d’utilisation de celui-ci, opérant un détournement de la fonctionnalité vers une vacance de l’usage. Tel un élément de décor, l’installation fonctionne alors comme une scène sans acteur. L’agencement d’objets connus devient pour Thomas Tudoux un moyen d’attiser l’imaginaire du visiteur, à moins que celui-ci ne se laisse abuser par l’association visuelle. L’oeuvre instaure un rapport ludique entre le spectateur et la forme offerte. Les éléments basiques qui la composent l’inscrivent en effet dans l’aménagement du lieu où elle passe inaperçu, comme camouflée. Une curieuse impression incite malgré tout le visiteur, par glissement et identification, à déceler une dissonance dans la composition. Ce hiatus suscite l’étonnement qui sera désamorcé par la compréhension de la forme, dans son déchiffrage visuel et sémantique. On se laisse alors surprendre par la charge poétique de l’ensemble qui, en portant une attention particulière aux petites choses du quotidien, transforme les motifs familiers en supports d’évasion mentale.






CLAIRE MIGRAINE

Janvier 2009

Texte rédigé à l’occasion de l’expostion En Appar’T #1, organisé par Sans-titre, 2006, à Rennes