Chacun de manière spécifique, M. Lianza et T. Tudoux ont développé un mode de création qui réagit à un environnement informatisé, un flux de vie accéléré ; l’un en réutilisant certains codes de représentation d’univers virtuels, construisant des espaces fictifs, l’autre avec une vision sociologique, s’intéressant notamment à l’utilitarisme. L’exposition les réunit autour de la représentation d’un paysage spécifique, urbain versus de synthèse.

Le développement de l’imagerie virtuelle induit une nouvelle lecture de l’espace environnant. À partir de cette considération, M. Lianza développe des installations à parcourir et un recueil de dessins qui constitue une série qui grandit depuis 2009. L’esthétique de ses créations s’apparente au décor de jeux vidéo avec un intérêt pour la ruine et les civilisations disparues ; les architectures et les paysages représentés contiennent quelque chose de l’utopie tout en répercutant, comme il l’indique, « l’image du monde dans lequel nous évoluons – un univers de croisement de flux, d’identités nomades, d’espaces éphémères déconstruits et construits ».
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Observateur du rythme frénétique de notre époque, T. Tudoux pointe sur des situations en lien avec la valorisation du travail, l’apprentissage scolaire, les conditions normatives, établissant une critique sociale à sa manière. Dans le projet 14,86/20 par exemple, il présente l’intégralité de l’ouvrage TREIZE À LA DOUZAINE d’Ernestine et Frank Gilbreth sous la forme de dictées qu’il a lui-même écrites, se plaçant en situation d’évalutation et de soumission à un rapport hiérarchique. Les auteurs du livre en question, pionniers de l’organisation scientifique du travail, renvoient précisément à une vie placée sous le signe de l’utilitarisme et de l’efficacité.
La pratique artistique de T. Tudoux est un procédé méthodique et lent ; ses créations sont souvent le résultat de gestes répétitifs. Listes, répertoires, lexiques, mais aussi broderie, actions filmées, il cerne un sujet par l’accumulation. L’hyperactivité comme fond et comme forme. Le médium et la technique sont d’ailleurs soigneusement choisis pour transmettre au mieux le propos.
PROMENADE est un intitulé ironique pour constater une certaine rentabilité de l’espace de loisirs ; des parcs publics se voient occupés par du mobilier urbain, utilitaire, des instruments censés sculpter le corps. Trois séries s’alignant sous forme de panoramas, produites d’après des cadrages sur nature à Rennes, Montpellier et Trélazé, parodient une technique de dessin précis et fidèle, d’une facture reconnaissable, dans l’idée de « faire un cadre ». L’accrochage rigoureux permet une allusion aux illustrations scientifiques animalières et à un certain procédé qui permet de fondre le sujet dans son environnement. Ainsi, les quelques vignettes naturalistes restituent un paysage urbain insolite tout en relevant l’absurdité d’un tel aménagement de l’espace public.
Autre volet du travail de T. Tudoux, IMPATIENCE se présente comme un exemple d’écran de veille qui est potentiellement invasif, à répandre sur ordinateurs personnels ou smartphones. Le projet comprend douze gestes spécifiques de comportements liés au stress. Là encore, la forme est étudiée pour faire des ponts avec les codes graphiques existants, ceux d’un virus informatique (bleu de l’erreur système, graphisme pixélisé du ms-dos et présentation en mosaïque).

Marie-Eve Knoerle, octobre 2011

MARIE-ÈVE KNOERLE

Novembre 2011

texte écrit à l'occasion de l'expostion Flatland/Promenade à Piano Nobile à Genève, avec Mickael Lianza et Thomas Tudoux